Sahaza Marline R.
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Madagascar

Madagascar sans l’USAID : catastrophe annoncée ou opportunité de renouveau ?

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L’idée de se libérer de l’aide internationale semblait être un exercice de pensée provocant dans l’article précédent. Mais voilà qu’un premier test grandeur nature se profile : l’USAID suspend son aide à Madagascar.

Un séisme économique ? Un désastre humanitaire ? Un signal pour enfin voler de nos propres ailes ?

Une chose est sûre : les conséquences seront profondes. La vraie question est : comment réagir intelligemment ?

Santé publique : une bombe à retardement ?

L’USAID joue un rôle crucial dans les programmes de santé à Madagascar. Son départ risque de laisser un vide immense :

  • Médicaments et équipements médicaux en baisse drastique → Les hôpitaux publics, déjà fragiles, pourraient être à court de ressources essentielles.
  • Explosion des maladies évitables → Moins de financements pour le paludisme, la tuberculose et la malnutrition signifie plus de décès évitables.
  • Risque accru pour les femmes et les enfants → Les soins maternels et infantiles, largement financés par l’USAID, pourraient être fortement réduits.

💡 Solution ? Madagascar doit accélérer la production locale de médicaments, renforcer la coopération avec d’autres bailleurs (UE, ONU, Chine) et inciter le secteur privé à investir dans la santé.

Sécurité alimentaire : le sud en ligne de mire

Madagascar dépend encore trop des aides alimentaires internationales. La suspension de l’USAID pourrait aggraver la crise alimentaire, surtout dans le sud :

  • Famine accrue dans les zones arides → Moins de financements pour les projets d'irrigation et de semences améliorées.
  • Les petits agriculteurs à l’abandon → Fin des formations agricoles et des aides aux producteurs.
  • Menace sur l’exportation de la vanille et d’autres cultures → Moins de soutien pour la certification et la traçabilité.

💡 Solution ? Investir massivement dans l’agriculture durable et l’autosuffisance alimentaire. Madagascar doit réorienter sa politique agricole vers une production locale maîtrisée et rentable.

Éducation : une génération sacrifiée ?

L’USAID finance une partie de la formation des enseignants et de l’amélioration des infrastructures scolaires. Son retrait n’annonce rien de bon :

  • Moins de constructions d’écoles et de matériel pédagogique → Les infrastructures scolaires risquent de stagner voire de se détériorer.
  • Formation des enseignants au ralenti → Moins de programmes d’apprentissage, impactant directement la qualité de l’éducation.
  • Fin des programmes de nutrition scolaire → Moins de repas pour les enfants les plus vulnérables.

💡 Solution ? Madagascar doit réorienter ses ressources internes vers l’éducation, en impliquant davantage le secteur privé et la diaspora dans le financement des écoles et la formation des enseignants.

Catastrophes naturelles : moins de secours, plus de drames

Madagascar est un pays frappé régulièrement par des cyclones, des sécheresses et des crises humanitaires. L’USAID jouait un rôle clé dans la réponse aux urgences.

  • Moins de moyens pour faire face aux catastrophes naturelles → Le pays sera plus vulnérable aux prochains cyclones.
  • Exode rural massif → Moins d’aide humanitaire signifie davantage de déplacements de populations.

💡 Solution ? Madagascar doit développer ses propres mécanismes de réponse :

  • Création d’un fonds national d’urgence.
  • Renforcement de l’industrie locale pour stocker les ressources vitales (médicaments, denrées, équipements de secours).
  • Mobilisation de la diaspora et des ONG locales pour compenser le manque de financement.

Impact économique et repositionnement géopolitique

L’USAID ne finance pas seulement l’humanitaire, elle influence l’économie et les relations diplomatiques.

  • Madagascar devra trouver d’autres partenaires → L’Union Européenne, la Banque Mondiale, la Chine et l’Inde seront les premiers candidats pour combler le vide.
  • Les investisseurs étrangers pourraient prendre peur → Une rupture d’aide peut être vue comme un signe d’instabilité.
  • Un risque d’influence accrue des puissances étrangères → Avec le retrait américain, la Chine pourrait renforcer son emprise économique sur Madagascar.

💡 Solution ? Madagascar doit renforcer sa diplomatie économique, jouer la carte des partenariats équilibrés, et surtout, ne pas tomber dans une nouvelle forme de dépendance.

Quelles stratégies pour s’en sortir sans l’USAID ?

Madagascar peut transformer ce choc en opportunité. Voici les axes prioritaires :

1️⃣ Diversifier les financements et renforcer les partenariats

  • Renforcer la coopération avec l’Union Européenne et la Banque Mondiale.
  • Négocier avec la Chine et l’Inde, mais sans brader nos ressources.
  • S’appuyer sur les Nations Unies et l’Union Africaine.

2️⃣ Optimiser les ressources internes et améliorer la gouvernance

  • Réduire la corruption et le gaspillage budgétaire.
  • Mieux collecter les impôts, notamment auprès des grandes entreprises.
  • Encourager les entreprises locales à investir dans le social.

3️⃣ Stimuler l’innovation et l’entrepreneuriat local

  • Favoriser l’industrialisation et la transformation locale des matières premières.
  • Encourager les start-ups et les initiatives locales pour créer des emplois.
  • Investir dans le numérique et la tech pour booster l’économie.

4️⃣ Renforcer la résilience face aux crises humanitaires

  • Créer un fonds d’urgence national pour répondre aux catastrophes.
  • Développer l’agriculture durable pour éviter les pénuries alimentaires.
  • Stocker des ressources stratégiques (médicaments, nourriture, équipements).

5️⃣ Mobiliser la diaspora et les ONG locales

  • Encourager la diaspora à contribuer via des investissements et des dons.
  • Créer des plateformes de crowdfunding pour financer des projets.
  • S’appuyer sur les ONG locales pour combler le manque de financement.

6️⃣ repositionner Madagascar sur la scène internationale

  • Négocier avec Washington pour minimiser les pertes.
  • Mobiliser les médias internationaux pour sensibiliser à la situation.
  • S’appuyer sur l’Union Africaine pour plaider notre cause.

Un équilibre fragile entre aide et dépendance

Loin de nier les apports positifs de l’USAID, il faut aussi reconnaître une réalité moins reluisante : cette aide a, dans certains cas, affaibli les mécanismes de résilience interne. En assurant des services que l’État aurait dû structurer lui-même, elle a involontairement installé un réflexe d’attente et de délégation permanente. Pourquoi investir massivement dans la santé publique si les financements étrangers assurent l’essentiel ? Pourquoi structurer une politique agricole durable si l’aide alimentaire vient combler les manques chaque année ?

📌 L’aide doit être un tremplin, pas une béquille éternelle. Madagascar ne pourra réellement avancer qu’en reprenant le contrôle de ses priorités, en consolidant ses institutions et en instaurant une gestion transparente des ressources. L’objectif n’est pas de couper brutalement l’aide internationale, mais de s’assurer qu’elle serve une transition vers l’autonomie, et non une routine de dépendance.

Un test grandeur nature pour l’indépendance de Madagascar

Cette suspension de l’USAID est un choc, mais elle pose une question fondamentale :

📌 Madagascar peut-il survivre sans l’aide internationale ?

Si la réponse est oui, alors cette crise peut être une opportunité pour gagner en autonomie.

Si la réponse est non, alors notre dépendance à l’étranger est un problème encore plus grave qu’on ne l’imaginait.

Le choix est clair : on panique ou on saisit cette occasion pour rebâtir un pays plus fort ?

Alors, on fait quoi ? 🚀